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L'attachement est indispensable, vital même, durant la première année. L'on dit parfois, et l'expérience le
montre, que c'est le bébé qui fait la maman. Mais pas seulement.
Une mère le devient parce qu'elle est reconnue "mère" dans les yeux de l'autre, généralement son mari.
Et c'est également l'homme, celui qui l'a choisie pour être la mère de leurs enfants, qui va, peu à peu, se
poser à la fois en séparateur et en médiateur (à condition que la maman lui accorde et lui
reconnaisse cette place !).
Cette première année de symbiose va permettre au petit de se sentir profondément en sécurité, va le faire entrer dans le langage, verbal ou non, qui est notre moyen à tous de relation à autrui.
Il suffit, pour en être convaincu, de voir comme les mamans sont capables, très vite, d'identifier un pleur, un
appel.
Peu de temps après, le père à son tour, puis les soeurs et frères s'il y en a, seront les
premiers à pouvoir saisir et décoder les modes d'expression du petit.
Et c'est cet ensemble d'interactions qui va permettre et aider la mère à se séparer peu à peu de cette fusion première.
Pourquoi certaines mamans ont du mal à quitter leur enfant ou à le laisser partir, grandir ?
Souvent, c'est la manière dont elles-mêmes ont vécu les séparations qui les met en difficulté au moment où l'enfant manifeste son désir de grandir un peu "sans" elles.
Parfois, c'est la symbiose (le tout premier attachement) qui a été difficile : on dit "le cordon n'est pas
coupé".
Parfois aussi, et certainement en raison de la manière dont la maman s'est construite, elle pense qu'elle seule est capable de protéger son petit, de le comprendre.
Le : "Je le connaîs mieux que personne" n'est pas faux, sauf que pour grandir en ayant confiance en soi, le
petit a besoin d'avoir plusieurs interlocuteurs, même si ceux-ci ne savent pas le deviner et
le comprendre "comme sa mère".
Un enfant à qui l'on fait confiance peut nous quitter et assumer ses petits soucis, gérer ses gênes.
Souvenons-nous que l'objectif de tout parent, est que l'enfant soit véritablement heureux, et qu'il devienne un
jour, un adulte digne et responsable. Ce qui suppose qu'il prenne son envol et quitte la
maison.
Pour lui donner tous les moyens de le faire correctement, il faut lui laisser apprendre à s'exprimer, à accepter de ne pas parvenir à se faire comprendre, à tenter de décoder les autres, à l'aider à vivre avec ses pairs (soit ceux de "sa"
génération).
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La séparation du départ en classe verte pose un véritable problème à deux mamans, qui ont malgré tout le
courage de venir en parler.
*** Sabine est terriblement angoissée, au bord des larmes. Elle est mariée et maman de quatre enfants. Sa fille, 9 ans et demi, est partie en classe verte après avoir insisté.
Sabine est touchante, drôle. Elle finit par avouer en disant "la honte !" que pour éviter la séparation, elle a
tenté d'acheter sa fille :
- Je lui ai promis des cadeaux, des sorties, même jusque 150 euros en espèces. Et rien n'y a fait : Kim voulait absolument partir en classe verte.
Francis (un papa)lui fait justement remarquer assez vite, qu'elle a, malgré sa peur, fini par oser laisser
partir sa fille, ce qui est fort courageux.
Malgré tout, la maman ne dort plus, ne supporte pas de rester dans sa maison au point d'aller dormir le soir
chez sa cousine, avec ses enfants.
- J'écris chaque jour à ma fille. Je ne voulais pas qu'elle parte. Lorsque je lui écris je lui dis que tout va
bien pour moi - mais sabine avoue lui répéter 2 ou 3 fois, qui, dans un sketche, pourrait
ressembler à :
- Je vais bien tout va bien... Et toi ma fille ? Mais tu sais, je vais bien, ça va. Et toi, tu t'amuses ? Parce
que moi, ça va mais la maison est vide sans toi. Surtout amuse-toi bien.
L'assemblée rit, déridant Sabine qui prend conscience que ses lettres sont pleines de
contradictions.
Un enfant qui devine, comprend, combien sa mère (ou son père) est anxieux, peut avoir du mal à prendre du
plaisir, et parfois à se sentir libre.
*** Eve est dans la même situation d'anxiété impossible à gérer. Agée de 30 ans, sa fille en a 10 et est
également en classe verte. Eve habite encore chez ses propres parents et dit avec humour
qu'on l'appelle : Tanguy, ou : La glue.
Cette maman, vivant chez sa maman, se dit surtout inquiète à l'idée que l'instituteur ne puisse saisir TOUS les
petits soucis des enfants puisqu'il a 25 élèves à gérer.
- J'ai pleinement confiance en l'école, nous avons des nouvelles très régulièrements et je connais
l'instituteur. Mais je suis LA maman d'Ophélie. Je la connais par coeur, je détecte le
moindre problème à un cil soulevé, une moue ébauchée. Et puis c'est une enfant qui s'exprime
peu. Alors elle encaisse, et au bout d'un moment tout va mal.
Alors, si elle rentre et me dit que tout a été mal ?
De la même manière que pour Sabine, si un parent anxieux anticipe et prévoit que l'enfant va s'ennuyer ou mal
se sentir, il est possible que par culpabilité, l'enfant raconte alors une quantité de petits
incidents, faux ou vrais, négatifs.
- En plus, le soir, tout est si calme à la maison. On ne sait pas si ça va pour elle. Je me sens dépossédée de mon statut de maman.
Ici l'on apprend qu'il y a une seconde enfant, une fille également. Et qu'il est rare pour les puinés de
bénéficier de leurs parents sans l'aîné(e).
L'occasion du départ en classe verte pourrait être un excellent moyen de favoriser une relation avec la seconde enfant.
Pour ces deux mamans, la séparation par le départ en classe verte pourrait être un moyen de se soulager, de se reposer, de faire des choses pour soi, de prendre du temps pour l'enfant ou les enfants qui restent.
Les hommes présents, Nicolas et Francis, qui sont également papas, abondent dans ce sens.
Isis a deux filles et raconte sa surprise et son émotion, en entendant la seconde annoncer à sa grand-mère au téléphone :
- Quand je vais avoir 5 ans, moi aussi je prendrai l'avion pour venir chez toi !
La maman d'Isis, grand-mère
des deux petites, vit dans le sud de la France. Après maintes réflexions, hésitations, mais en raison du fort désir que les grands-parents voient leur petite-fille pendant les vacances, Isis
a sauté le pas et a décidé, lorsque son aînée a eu 5 ans, de l'envoyer par... avion !
Là aussi, Francis et Nicolas marqueront leur approbation devant ce qu'il faut reconnaître comme étant une surmontée de peur, au bénéfice de savoir que son enfant pourrait
passer des vacances chez des grands-parents très heureux de la voir.
Du coup, Isis a réfléchi concernant sa seconde fille, et afin de rester logique, a annoncé que dès le cinquième anniversaire, elle aurait également le privilège de prendre
l'avion.
Même si elle éprouve un sentiment, durant leur absence, de ne "plus être maman".
Les hommes et papas présents
(Francis et Nicolas) relèvent la notion "d'aventure" pour l'enfant.
Ce sujet nous conduit à évoquer ce qui, souvent, obsède davantage les mères que les pères :
- Le menu, la nourriture : est-ce que l'enfant mange bien, a ce qu'il aime ?
- Les appels téléphoniques, non autorisés.
Ici, les mamans inquiètes posent la question du bien-fondé de cette interdiction.
Je rappelle que la peine est un sentiment contagieux chez les enfants. C'est encore une fois les hommes et
papas présents qui vont acquiescer, par remémoration.
Il est en premier lieu fort long et très difficile d'autoriser des appels téléphoniques, cela demande une organisation dans le temps. Je laisse imaginer également la nervosité des enfants, celui qui entendant peut-être une mère dont la voix laisse
passer l'inquiétude va se laisser plonger dans la tristesse, provoquant ainsi celle des copains et
copines. Au risque d'alarmer tous les parents.
Il se peut aussi qu'au moment du coup de fil, alors que tout se passe à merveille, l'enfant raconte au parent une frustration ou un incident très banal, laissant penser à sa mère que c'est ainsi toute la journée.
Isis et Eve, évoquent avec beaucoup d'humour leurs premières expériences : la mère téléphone, et toute heureuse de pouvoir parler avec son enfant, entend un : - Je peux pas venir, je joue !
Ce qui est une autre manière de dire : Je vis ma vie !
C'est en effet parfois l'enfant qui nous rappelle alors, que chacun a SA place, son espace, comme dira Fanny,
maman également, et que cet espace est particulier à chacun. Ainsi Fanny a eu la surprise, fort
récemment, d'entendre son fils âgé de 5 ans et demi, lui évoquer son départ de la maison
!
Pour les parents qui ont sensiblement les mêmes anxiétés, souvenez-vous que ce type de séparation temporaire, sécurisé, est aussi ce qu'on appelle une période initiatique :
- Pour l'enfant : Se confronter à une autre atmosphère, vivre dans un groupe de son âge, apprendre à surpasser ses craintes, laisser libre court à ses audaces, sans le regard des parents.
- Pour le parent : Rester convaincu(e) que l'on garde son statut de mère ou père, mais ne jamais oublier son identité de femme, d'homme. Ne pas oublier
cette part d'identité, se consacrer du temps. A soi-même, et à l'autre.
Parce que l'enfant a besoin de nous savoir être autre chose que "maman" ou "papa".
Cela lui permet de ne pas se sentir indispensable aux parents.
Parce que l'enfant a besoin de se projeter dans une autre position que : Etre "enfant" de...
D'une certaine manière, les séparations (colonie, classe verte, etc.) sont similaires, sans compter que l'enfant est d'une part plus grand, et que d'ici un ou deux ans maximum, il entrera dans la confrérie des pré-adolescents, avec des besoins et des demandes d'autonomie.
Il est peut-être étonnant d'imaginer qu'un enfant timide se révèle 'locomotive' au milieu du groupe, qu'un autre, maladroit en sport s'avère aventurier lors d'une recherche en forêt.
Anne, institutrice, ayant déjà emmené un groupe en classe verte, confirme.
- J'ai découvert véritablement des aspects chez les enfants, que je n'imaginais pas.
Rappelez-vous aussi que si nous les découvrons, eux aussi s'affirment et se découvrent "capables" de....
Un enfant prétendu timide se révèle 'locomotive' au milieu du groupe, alors
qu'un autre réputé maladroit en sport s'avère aventurier lors d'une recherche en forêt. Et
ainsi de suite.
Chacune et chacun, au sein du groupe, et sans le regard des parents, libère certains aspects de lui qu'il ignorait peut-être.
En évoquant cette phase d'initiation, nous parlons de
nos modes de réactions lorsque l'enfant commence à marcher, ce qui est un premier "envol".Nicolas observe que si le parent ne parvient pas à lâcher le petit, celui-ci ne marchera
jamais.
Nous pouvons, tout en restant vigilant, le laisser ébaucher quelques pas vacillants, le complimenter
de son audace, même si, évidemment, il lui faudra autant qu'à nous, affronter la chute inévitable.
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D'une certaine manière, les séparations (colonie, classe verte, etc.) sont similaires, sans compter que
l'enfant est d'une part plus grand, et que d'ici un ou deux ans maximum, il entrera dans la
confrérie des pré-adolescents, avec des besoins et des demandes
d'autonomie.
*** Question posée par un papa :
-Y a-t-il par exemple des situations pour lesquelles vous déconseilleriez le départ d'un enfant dans ces séjours type classe verte, par exemple lorsqu'un couple se sépare ou divorce, et qu'en partant, l'enfant peut se sentir abandonné ?
De toute manière, l'abandon est une des craintes liées à l'enfance.
Par ailleurs, partir peut permettre à l'enfant, en se retrouvant dans un autre environnement, avec ses pairs, de s'alléger d'un souci ou d'une relation houleuse qui ne le concerne pas.
Nicolas, un papa, ajoute que ces départs, classe verte, de découverte, colonies, aident aussi l'enfant à
oublier, un temps, un climat familial difficile.
Le père qui avait posé la question, raconte une anecdote édifiante, en relation avec "être mère" et être femme"
:
Alors qu'il était amoureux d'une femme, ayant décidé communément d'aller passer une journée tous les deux à la mer, il a très rapidement senti un malaise. La dame de son coeur passait son temps à évoquer ses enfants, s'inquiéter pour eux, etc....
Il s'était à juste titre, senti "hors jeu", non investi par cette maman qui ne savait pas s'accorder le temps d'être simplement une femme aux côtés d'un homme.
Nos enfants sont faits pour, un jour, nous quitter, et le faire tranquillement, sans culpabilité et par choix
personnel mais sans conflit.
L'attachement que nous ressentons pour eux, celui qu'ils éprouvent pour nous, devrait devenir un lien, et non une chaîne dont il faut chercher la clé du cadenas.
Et si, parfois, ce sont les adultes qui se sentent trop dépendants, peut-être leur faut-il se tourner vers le compagnon ou la compagne à leurs côtés, vers les amis, vers leurs loisirs, en étant apaisés de savoir que leur enfant est entrain de vivre
des aventures qui le font s'émanciper et réaliser des exploits dont il ne se croyait pas
capable.
bara bla bla