LA DIFFERENCE DANS LA FRATRIE
JE SUIS L'AÎNEE, POURQUOI ON ME DEMANDE TOUJOURS D'AIDER LES PLUS PETITS ?
JE SUIS LA SECONDE, POURQUOI ON NE ME FAIT JAMAIS CONFIANCE ?
JE SUIS LA DERNIERE, POURQUOI JE SUIS DES FOIS PETITE ET DES FOIS GRANDE ?
Pour Emeline, qui s'en sort malgré tout assez bien, la configuration familiale n'est pas évidente
:
- Je suis la maman, J'ai un mari, nous avons trois filles.
Parfois c'est le clan des "femmes" et je pense que mon compagnon est isolé.
Parfois je le vois bienheureux mais c'est moi qui me retrouve en porte-à-faux.
Il y a un écart d'âge entre l'aînée et la seconde, et c'est pourtant La dernière qui se retrouve en
complicité avec l'aînée.
Il se trouve qu'elles ont des copines de leur âge, et de la même famille.
Par conséquent, ma seconde se retrouve isolée.
A d'autres moments, les deux premières sont autorisées à "sortir" -aller voir des amies, alors que la
petite, qui a 5 ans et sera en dernière section de maternelle l'an prochain, se retrouve alors seule et s'en plaint.
En somme, jamais rien ne va si j'écoute chacune, et chacune voudrait ce qui semble aller à
l'autre.
JE VOUS PARLE D'UN TEMPS QUE LES MOINS DE VINGT ANS NE PEUVENT PAS CONNAITRE
Le récit de cette maman nous rappellera, à la plupart d'entre nous, ce que nous avons traversé durant
notre enfance.
Les aînés constataient :
- A "son" âge, vous n'auriez jamais permis cela.
- Moi, je n'avais pas l'autorisation de sortir de table sans avoir terminé.
- Si je n'aimais pas les haricots, je devais en manger quand même.
Les seconds, selon un idée populaire qui semble justifiée, ne trouvent jamais la bonne place
:
- Je ne suis pas considéré comme un grand.
- J'en ai marre de ne jamais pouvoir être toute seule avec vous, maman et papa.
- Je ne peux pas avoir quelque chose de neuf et qui me plaît au lieu de toujours porter les habits d'untel ?
Quand au dernier, ou la dernière, comme le dit très justement la maman :
- Lundi, ça l'arrange bien d'être la plus petite, et mardi elle voudrait presque se maquiller, à cinq
ans .... ! Mercredi elle réclame encore un biberon de lait le soir et jeudi elle prétend qu'il est fini le temps des câlins, mais vendredi elle voudrait manger de la purée et samedi elle hurle
pour se coucher à 22h comme ses soeurs...
Nous pourrions songer, parfois, lorsque le temps et l'humeur s'y prêtent, à regarder les albums de photos,
à laisser les soeurs et frères se parler entre eux.
Nous pourrions demander la complicité des grands afin qu'ils racontent aux derniers comment, EUX, ils ont
eu cinq ans.
De quoi se rappellent-ils ?
Des aventures, incidents, injustices, bonheurs, qu'ils ont vécus.
Parce que souvent, nous oublions que celui qui est le puîné (dernier) est précédé d'autres soeurs et/ou
frères, qui ont eu le même âge et peuvent lui en parler.
Alors, on voit les plus grands semblant inventer, ou déformer tout un épisode, et nous, parents, restons
effarés de leur récit.
Mais quoi qu'il en soit, les petits, alors, se sentent moins seuls.
Et reconnus.
"ENFANT"ILLAGES ET GROSSE FATIGUE
(Nb : Que la maman d'accueil excuse ce titre. Parfois, l'histoire ne peut pas en trouver un.
Par aileurs, cette "maman", discrète mais présente depuis des mois lors de chaque conférence-débat, a finalement pu exposer sa situation, mise en confiance par les personnes présentes.
Elle a accepté que cette histoire paraisse sur le blog, je cite :
- Si cela peut aider quelqu'un dans une situation semblable ou qui y ressemble, alors bien sûr que je
donne mon accord.
Il ne s'agit évidemment pas ici d'enfantillages.
Mais d'une grosse fatigue, oui.
Le frère à 9 ans. Sa soeur en a sept et demi.
Ils ont bien des grandes soeurs et frères, mais l'écart d'âge est très important, et les deux enfants ne
connaissent pas cette partie de la fratrie.
Ceci arrive encore parfois, ce que nous appelons une génération s'étant raccourcie au fil du temps.
En l'occurrence, ces deux enfants ont grandi ensemble, sans avoir de relation avec les aînés.
Leurs parents ont été déchus des droits parentaux. Le père pour maltraitance et abus, la maman pour
complicité passive.
Ce petit garçon de 9 ans a été entre autres, sodomisé et sa jeune soeur, qui a échappé à cet acte, a, tout
comme lui, été battue, maltraitée, physiquement et psychiquement.
Ils avaient moins de 3 ans chacun.
La différence dans la fratrie ?
C'est pour commencer, l'écart important entre le groupe des premiers et ces deux petits.
C'est aussi le fait que ces deux enfants, proches dans les âges, soient totalement différents.
La "maman" d'accueil parle :
- Lui est grand, elle petite.
- Elle est câline, tendre avec moi, calme.
- Lui est questionneur, sur tout : la vie, son histoire, curieux du monde.
- Elle est douce et à l'école, "ça" marche.
- Lui est injurieux, extrêment violent, tant vis-à-vis de sa soeur que de moi.
- Mon mari est gravement malade.
Le juge nous avait demandé si nous acceptions de les prendre en charge.. L'aîné avait 3 ans. Nous avons accepté.
Aujourd'hui ils sont bien plus grands mais l'agressivité de l'aîné reste la
même.
- Tu es moche.
- Si tonton est malade c'est de ta faute.
Il agresse sa soeur, fait des propositions obscènes à mes filles qui sont mères de famille, raconte ce
qu'il a vécu sans paraître avoir un quelconque sentiment, agresse les enfants, est cruel avec sa soeur voire dangereux.
Il est suivi en psychothérapie et aime y aller, cela lui fait du bien.
Mais plus il grandit, plus ses provocations sont violentes.
Et je n'en peux plus. Je n'arrive pas à comprendre.
Pour comprendre la colère de "nos" enfants, lorsqu'elle nous semble précisément incompréhensible, il nous
faut parfois passer par le courage d'aller chercher NOTRE colère.
C'est ce que cette "maman" d'accueil a donc essayé de faire et de dire.
Une fois avoir exprimé sa colère, nous pouvons parfois, comprendre que l'enfant ressent la même, ou un
sentiment qui y ressemble fort, mais ne peut l'exprimer que par des actes insensés, ou inacceptables, ou ne peut que la montrer par des mises en scènes ou des mots très
durs.
Nous pouvons avoir 20 ans, 30, 50 ans, 65 ans, plus... Et avoir un mal infini à évoquer une douleur qu'il
est nécessaire d'exprimer pour qu'elle ne soit pas en nous, comme un noeud indémmêlable.
Et cette maman a pu constater, devant sa difficulté à "dire", combien pour un enfant de 9 ans, c'est donc
encore plus difficile.
Cette "maman" d'accueil a compris autre chose, d'importance -mais elle était toute prête à le
comprendre, il ne suffisait que de le dire :
Parfois, il arrive que dans des situations de vie traumatisante (comme celle que ce petit garçon et sa
petite soeur ont vécue), l'un des enfants prenne SUR lui toute la douleur.
C'est ce que nous appelons : l'enfant symptôme.
Le symptôme, c'est : le signe.
(J'ai mal à la gorge, c'est mon symptôme. J'ai une angine, c'est la raison. Cette angine est dûe à un
virus : le virus en est la cause).
Et ce jeune garçon, si odieux, épuisant, insultant, agressif et violent, est probablement celui qui
finalement, protège sa petite soeur de la douleur inouïe qu'ils ont vécue, tous les deux.
Cet été, le petit garçon partira en colonie de vacances.
La "maman" d'accueil se reposera physiquement et moralement.
A la rentrée, l'enfant reprendra son chemin de guérison auprès d'une psychologue et la "maman" d'accueil entamera le sien dans un espace où elle pourra également parler de sa souffrance, de sa
fatigue.
Soigner n'est pas guérir mais.... Qui veut voyager loin ménage sa monture.
Psssss : Si vous... oui vous.... avez été témoins ou victime d'abus sexuel
:
http://innocenceendanger.org/
NB : Je demande chaque fois nouvelle aux parents leur accord (photos et/ou citation).
A 99,99% cet accord est donné.
Néanmoins, les prénoms, âges, genre, sont modifiés pour éviter toute reconnaissance.
Merci à chacune, chacun, de votre confiance.
Merci à tous de votre discrétion.
bara bla bla